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Casablanca, 1959 — Naître orpheline de mère

Par Samir · Juin 2026 · 5 min de lecture

Il y a des histoires qui commencent par une absence. Pas par une naissance, pas par un premier cri, pas par une joie — mais par un vide creusé avant même que l'enfant ait appris à marcher.

Jacqueline Peresini est née le 13 avril 1959 à Casablanca. Elle était la fille d'un homme singulier — Jacques Peresini, Sicilien-Corse, ancien combattant, tenancier de l'Auberge Ounara. Un homme qui avait traversé la guerre, construit quelque chose de ses mains dans cette ville blanche et chaude du Maroc. Et à côté de lui, Bibih Benisty — une femme juive séfarade, belle selon ceux qui l'ont connue, disparue trop tôt pour que sa fille puisse s'en souvenir.

Pas un visage. Pas une voix. Pas un souvenir. Juste cette absence, portée toute une vie, en silence, avec une dignité qui forçait le respect.

L'enseigne de l'auberge

Jacqueline a grandi sous une enseigne qui résumait tout : Auberge Ounara, Mme Vve Peresini. Veuve. Le mot était gravé sur la façade, visible depuis la route, entre le Martini et le Motrix. Dès qu'elle a su lire, elle a su ce que ce mot voulait dire. Elle a su qu'elle n'avait pas de mère.

Ce deuil-là, elle ne pouvait pas le faire. On ne fait pas le deuil de quelqu'un qu'on n'a jamais connu. On le porte autrement — dans le silence, dans une dignité tranquille, dans cette façon particulière d'avancer dans la vie sans se plaindre de ce qu'on n'a pas eu.

Une petite fille qui tient

Il y a une photo. Une petite fille en robe blanche, debout sur une chaise. Elle regarde l'objectif. Pas de sourire. Pas de larmes. Juste ce regard, droit, calme, déjà ancien pour son âge. Elle avait peut-être cinq ans. Elle avait déjà appris à tenir.

C'est peut-être ça, l'héritage le plus profond de cette absence fondatrice — cette capacité à tenir debout quand rien ne vous soutient. Jacqueline l'a portée toute sa vie. Dans les chaussures trouées sur les routes d'Essaouira. Dans les salles d'hôpital. Dans les lettres écrites à un mari qui lui faisait du mal. Jusqu'à son dernier souffle, avec le sourire.

Elle est née orpheline. Elle a vécu comme si ce manque était une force. Et d'une certaine façon, il l'était.

Elle m'a transmis les belles choses avant de ne plus être là, sans vraiment me le dire.
— Samir, son fils